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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 08:57

La toute puissance de l'homme ; et son empreinte sur la nature sont réelles, et pour certains nous vivons "l'anthropocène", une nouvelle ère climatique, un bouleversement inconnu depuis 65 millions d'années.

Notre planète est- elle un danger et faut- il intervenir, ou plus simplement modifier notre comportement vis-à-vis de la nature qui existe en dehors de toute action da la part de l'homme et qui ne dépend pas de notre volonté?

Impossible à l'être humain de se distancier de cette nature car faisant partie intégrante de cet écosystème considéré comme un ensemble de vivants en interaction dans un système en équilibre dynamique qui s'autorégule.

De plus, ladite nature est en perpétuelle évolution, elle est là tout simplement, car adaptée aux conditions qui prévalent à un moment donné.

Bergson parle d'une évolution créatrice, de l'élan vital d'un monde qui va vers l'avenir et qui s'invente sans cesse sans que le chemin qu'il trace derrière lui ne préexiste d'une façon ou d'une autre.

Deux courants s'opposent sur le futur de notre planète.
Le mécanisme, conception matérialiste qui perçoit.la plupart des phénomènes suivant des liens de" cause à effet", donc interventionniste pour ne pas dire utilitariste et qui a été à la base de la révolution industrielle.

Le finalisme quant à lui affirme que ce qui existe dans la nature existe en raison de fins qui donnent sens à chaque réalité.( causes finales de la nature et de l'homme) ce qui suppose un dessein

Comment dès lors envisager le futur à court terme et à long terme?

A l 'échelle géologique, ou même de l'histoire du vivant, l'aventure humaine ne représente qu'un infime instant. La planète se remettra des dégâts opérés par l'homme, elle lui survivra certainement.

Par contre à l'échelle humaine, si nous continuons à épuiser nos ressources et à "saccager" notre environnement, soi-disant pour assurer notre futur(vision peu lucide à court terme) nous mettons en péril celui des générations futures. C'est donc pour la préservation de notre espèce( et des espèces qui vivent avec nous ou nous sont utiles) que l'intervention est nécessaire, la nature étant capable de poursuivre sa longue évolution.

Il existe certes une conscience écologique, rejetons toute forme de culpabilité, mais sentons nous responsables, retrouvons la capacité d'apprendre des sociétés durables et d'assumer davantage notre rôle de gestionnaire intelligent que celui de prédateur inconscient.

En fin de compte; l'histoire de notre monde se résume t'elle à la préparation d'une destinée transcendantale?

Solon

.

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commentaires

Patrice 18/11/2013 22:10

La nature n'est pas immuable.
Nous empruntons la terre à nos enfants.
Tâchons de la leur confier en bon état.
Pour cela il faut l'entretenir, la remettre en état de fonctionner correctement en respectant les écosystèmes.
Nous sommes responsables de l'inventaire, nous serions coupables si nous n'agissions pas pour trouver des solutions.

Gayral Michèle 19/11/2013 12:47

Quels pavés !!!
Intéressant , mais trop longs , peut-on éviter des copier-coller pour discuter ???
Il est vrai que pour exprimer finement et précisément sa pensée , il est nécessaire d'avoir des renseignements et des études validées , mais un résumé peut être plus précieux que des textes longs qui ne seront pas lus .

Alors voici un exemple précis de ce qu'est devenue notre société "l'obligation de donner un prix à la nature " afin de la préserver ..
Qui peut donner un prix et pourquoi ?
Qu'est donc un prix ? Qu'est-ce que cela veut dire ?
Est-ce une solution pour l'avenir ?
Et dans une société telle que la nôtre donner un prix signifie donner une monnaie , puis ensuite une finance ?
C'est-à-dire que quoiqu'il arrive vivre c'est être riche , avoir de quoi payer , et crever ou survivre ou être esclaves pour les autres ... ce qui déjà est en partie le cas .
Un exemple est donné justement dans les accord de Kyoto : les pays riches qui polluent peuvent acheter aux pays pauvres leurs parts d'écologie puisqu'ils polluent moins . Et encore faut-il que ces pays riches aient bien voulu signer ces accords . Mais en tout état de cause les pays pollueurs continuent de polluer .
Donc : donner un prix à la nature , même intellectuellement c'est donner envie à certains de faire payer ce qui est encore gratuit : entrée dans une forêt , à la mer , à la montagne ... ce qui se fait déjà en certains lieux . Avec la même conséquence : les riches peuvent se payer la nature et pas les pauvres . Cela existe déjà par exemple dans l'achat de certaines îles .
Et l'on pourrait même dire : comment se fait-il que l'on puisse acheter le bien commun qui est notre planète la terre ... qui n'appartient à personne . Normalement ceux qui l'exploitent pour extirper du charbon , pour construire une maison individuelle , ou autre ne devraient pas pouvoir être propriétaires , qui se donne le droit de donner un prix aux choses de la nature la terre ?
Que ceux qui la travaillent donnent un prix à leur travail est normal , encore que l'on aurait pu garder le sens du troc , mais c'est difficile , donc la monnaie qui est un troc : échanger un papier , une notification , à un objet ou une action , a été plus simple . Mais la monnaie a été falsifiée et de nos jours ne représente plus un échange avec quoique ce soit , et normalement donc n'a plus aucune "valeur" . C'est un mensonge que les riches ont inventé pour mieux asservir les pauvres . Ainsi les pays sous-développés et nos pays maintenant sont-ils soumis à une dette qui n'existent pas en réalité . On veut nous faire payer des prix qui n'ont pas de raison d'être .
J'en reviens donc au prix de la nature , essayer d'en donner un , c'est entrer de manière contrainte dans la philosophie de cette société basée uniquement sur la valeur monétaire , et même financière et boursière .. qui ne représente rien . Les valeurs boursières ... qu'est-ce que c'est ?? Ca change tous les jours au gré de bons vouloirs de machines rapides et inconscientes .
Nous voici donc arrivés à un état complètement irrationnel de société irrationnelle , dont les effets et pollutions sont évalués , connus , mais dont les solutions ne sont que financières et donc hors de la volonté des personnes qui détiennent les finances . Et que les écologistes rappellent que notre monde court à sa perte si les choses continuent ainsi ne changent rien aux jeux financiers . Au contraire ce qui est rare est plus cher donc plus avantageux à détenir sans aucune contraintes sentimentales , intellectuelles ou humanitaires .
Alors pouvons-nous à l'heure actuelle intervenir encore raisonnablement pour contrecarrer les comportements irrationnels qui nous gouvernent de tous temps ?
Certains philosophes ou sages ou prophètes ont de tout temps essayé de mener l'humanité à la raison , à l'amour , à la mutualité , à la solidarité .. que des communautés essaient de porter , mais finalement il faut croire que la nature humaine domine : la solidarité oui , mais en général chacun pour soi , par égoïsme , on se regroupe pour être forts face à un danger donné . Mais vite , chacun essaie de tirer profit d'une situation , et le plus fort fagne .
L'humanité reste dans le moule naturel sous la loi du plus fort et non pas du plus raisonnable .
Quel avenir de la nature ???
Peut-être que l'homme qui en somme est devenu le cancer de la planète sera combattu soit par lui-même , soit par la nature toujours aussi forte et sera en grande partie détruit , éliminé . Et la terre sera ainsi soignée et guérie ???

Patrice 18/11/2013 22:06

Les hommes contre la nature, une vieille histoire...
Guillaume Duval
Alternatives Economiques Hors-série n° 083 - décembre 2009
Les civilisations préindustrielles n'ont pas fait de miracles en matière d'écologie. Elles ne peuvent pas servir de modèle pour résoudre nos problèmes d'aujourd'hui.

Quand il est question de problèmes écologiques, on a souvent tendance à se retourner vers le passé avec nostalgie en considérant a priori que "c'était mieux avant". Nos ancêtres auraient, eux, au moins respecté la nature. Et ce serait seulement depuis deux ou trois siècles que nous aurions troublé cette belle harmonie avec les inventions mises en oeuvre depuis la révolution industrielle. En réalité, l'affaire est très différente: depuis leur apparition, les êtres humains ont constamment et lourdement pesé sur leur environnement.

Dès la plus haute Antiquité, leur action a entraîné la disparition de nombreuses espèces et transformé en profondeur la nature environnante. Et tout au long de l'histoire, de nombreuses civilisations ont disparu sous l'impact de la surexploitation que les hommes ont fait subir à leur "niche écologique". C'est ce que montrent en particulier les travaux de Jared Diamond, professeur de géographie à l'université de Californie-Los Angeles (voir encadré page 14). Cela ne signifie évidemment pas que la situation actuelle ne soit pas particulièrement alarmante: du fait de la croissance démographique formidable qu'a connue l'humanité, il n'existe quasiment plus de terres vierges où nous pourrions recommencer à vivre après avoir détruit l'environnement qui nous entoure. Et l'ampleur des moyens dont nous disposons pour ce faire est en effet sans commune mesure avec ceux du passé. Mais en même temps, nous avons également une compréhension beaucoup plus grande des mécanismes à l'oeuvre et des conditions dans lesquelles notre présence sur Terre pourrait cesser de menacer notre propre survie.

Jared Diamond, une exception fructueuse

Jared Diamond, professeur américain de géographie et de physiologie à l'université de Californie-Los Angeles (Ucla), est probablement l'auteur qui a le plus apporté, au cours des dernières décennies, à la compréhension profonde de l'histoire de l'humanité depuis ses origines. Notamment sous l'angle de l'interaction entre l'homme et la nature.
Son parcours exceptionnel illustre une fois de plus la richesse des approches interdisciplinaires et, a contrario, les limites de la logique dominante actuellement dans les sciences sociales qui pousse à une spécialisation de plus en plus précoce et pointue. Jared Diamond, aujourd'hui âgé de 73 ans, était en effet au départ un diplômé en physiologie, spécialiste des membranes. Il était d'ailleurs devenu en 1968 professeur de physiologie à l'école de médecine de l'Ucla. Mais, parallèlement, il s'est intéressé à l'ornithologie, l'étude des oiseaux. Ce qui l'avait amené à se pencher en particulier sur les oiseaux de Nouvelle Guinée, une île du Pacifique Sud, au nord de l'Australie. Du fait de leur isolement, les hauts plateaux de Nouvelle Guinée sont un des derniers territoires que les Occidentaux ont "découvert", après la Seconde Guerre mondiale.
Du coup, y vivaient encore, quand Jared Diamond allait y étudier les oiseaux, les derniers "hommes préhistoriques" de la planète, utilisant et fabriquant des outils en pierre, ayant pratiqué dans leur jeunesse l'anthropophagie au cours de guerres tribales, etc. Ce choc culturel l'a amené à réorienter ses travaux vers la compréhension des mécanismes qui ont conduit à ce que la Californie soit ce qu'elle est aujourd'hui, alors que les hauts plateaux de Nouvelle Guinée restaient à l'âge de pierre. Du coup, il est devenu professeur de géographie, toujours à l'Ucla, même si ses travaux relèvent au moins autant de l'histoire. Tout en continuant à mobiliser en permanence le savoir acquis précédemment dans les "sciences dures".
La production qui résulte de ce background exceptionnel ne l'est pas moins. Les livres de Jared Diamond sont gros, mais ils se lisent comme des romans (son talent d'écriture est lui aussi très rare). Quand on referme ses ouvrages, on a le sentiment d'être beaucoup plus intelligent et de comprendre enfin comment l'humanité en est arrivée là. Malheureusement cette compréhension ne rassure pas forcément pour l'avenir…

En savoir plus
Le troisième chimpanzé. Essai sur l'évolution et l'avenir de l'animal humain, par Jared Diamond, éd. Gallimard, 2000.
De l'inégalité parmi les sociétés. Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire, par Jared Diamond, éd. Gallimard, 2000.
Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, par Jared Diamond, éd. Gallimard, 2006.

Des chasseurs-cueilleurs pas si inoffensifs que cela
L'humanité a démarré son existence, il y a plusieurs centaines de milliers d'années, en s'organisant en bandes de chasseurs-cueilleurs itinérants. Malgré la maîtrise du feu acquise par la suite ainsi que celle de la taille des silex, rien ne changera fondamentalement dans ce mode de vie jusqu'à il y a environ 12 000 ans, quand l'élevage et l'agriculture commenceront à se développer à partir du croissant fertile de Mésopotamie.

Les êtres humains sont très peu nombreux à l'époque. Quand un groupe d'une cinquantaine de chasseurs-cueilleurs s'installe aux environs de la grotte de Lascaux, dans le sud-ouest de la France, il y a 16 000 ans, on estime que "la France d'avant la France" (1) est alors probablement peuplée de 50 000 personnes (soit 0,1 habitant au kilomètre carré). C'est en effet une des caractéristiques essentielles de ce mode de vie que d'exiger une faible densité, puisqu'il consiste à prélever sa subsistance dans la nature. Du fait de leur faible nombre, l'impact de ces chasseurs-cueilleurs reste évidemment limité sur leur environnement. On aurait cependant tort de le sous-estimer, bien que cet effet soit le plus souvent difficile à documenter précisément. Comme c'est le cas aujourd'hui avec la pêche, dernier domaine où nous pratiquons encore la "cueillette" de façon significative, il est probable que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs ont concouru à la disparition de nombreuses espèces du fait de leur habileté conjuguée (déjà) à leur avidité.

(Pour agrandir le graphique ci-dessous, cliquer sur ce lien)


Il ne sera probablement jamais possible de le déterminer de manière définitive, mais il n'est pas exclu, par exemple, que la disparition d'un certain nombre de grands mammifères en Europe, comme le mammouth, ne soit pas uniquement due aux changements climatiques intervenus au début de l'holocène, il y a 17 000 ans. Cette responsabilité humaine dans la disparition de certaines espèces semble mieux établie encore en ce qui concerne l'Amérique du Nord. Les Indiens d'Amérique passent volontiers pour des "écolos" avant l'heure, mais en débarquant brutalement sur ce continent il y a 12 000 ans environ, au moment où le passage du Nord-Ouest s'est ouvert, ils se sont trouvés confrontés à une population de grands mammifères qui n'avaient jamais connu l'homme, et donc n'avaient pas appris à s'en méfier… Raison pour laquelle ces animaux auraient disparu d'Amérique du Nord en l'espace de quelques centaines d'années. Jared Diamond documente aussi une vague d'extinction analogue concernant les îles du Pacifique, au fur et à mesure de leur colonisation par l'homme. Bref, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs n'étaient probablement pas aussi inoffensifs qu'on le croit généralement pour leur environnement.

L'agriculture et le début de l'exploitation des ressources non renouvelables
L'impact de l'homme sur la nature change cependant d'échelle avec l'apparition de l'agriculture et de l'élevage, il y a 12 000 ans. Cette maîtrise nouvelle permet en effet d'augmenter significativement la population humaine: elle serait passée de l'ordre de 1 million en - 10 000 à 50 millions en - 1000 à l'échelle mondiale (pour mémoire, nous sommes 6,8 milliards actuellement). La capacité à dégager un surplus de nourriture permet en particulier le début de l'urbanisation et le développement de bureaucraties religieuses et administratives non directement productives.

Ceci étant, ce n'est pas vraiment l'amélioration des conditions de vie qui assurera la suprématie des éleveurs-agriculteurs sur les chasseurs-cueilleurs. Les analyses qui ont pu être menées montrent plutôt que les agriculteurs avaient un régime alimentaire en moyenne plus pauvre que les chasseurs et des maladies plus fréquentes (liées notamment à la promiscuité avec les animaux domestiques). Si les agriculteurs l'ont malgré cela rapidement emporté, c'est surtout en raison de la supériorité numérique que permettait leur mode de vie, dans la mesure où, sur un territoire donné, ils pouvaient être beaucoup plus nombreux que les chasseurs-cueilleurs.

Avec la maîtrise de la métallurgie du cuivre, au troisième millénaire avant notre ère, puis du fer, commence le temps de l'exploitation à grande échelle des ressources non renouvelables. En revanche, les sources d'énergie utilisées resteront, elles, essentiellement renouvelables jusqu'au XVIIIe siècle. La population humaine passera ainsi de 50 millions en - 1000 à 600 millions en 1700.

On prête aussi souvent à nos ancêtres agriculteurs et éleveurs une conscience écologique plus développée que la nôtre et une maîtrise poussée de l'impact de leur activité sur leur environnement. Ce n'est pas vraiment le cas. L'Irak d'aujourd'hui est quasiment un désert dont la seule richesse est le pétrole enfermé dans son sous-sol, alors qu'il a été, du temps de la Mésopotamie, le berceau de la civilisation de l'agriculture et des villes. S'il en est ainsi, c'est dû pour une bonne part à la surexploitation des terres qui a entraîné une salinisation des sols et à la déforestation qui a favorisé l'avancée des déserts. En effet, le bois est une matière première renouvelable, mais il ne se renouvelle vraiment que dans la mesure où les prélèvements n'excèdent pas la capacité de reproduction annuelle des forêts. Or, le bois était central dans ces sociétés: à la fois matériau de construction pour les bâtiments et les vaisseaux, mais aussi combustible dont la consommation a fortement augmenté, en particulier avec le développement de la métallurgie.

De la Mésopotamie à l'Ile de Pâques, en passant par l'oasis de Petra en Jordanie ou les cités Anasazis du sud-ouest des Etats-Unis, on ne compte plus les civilisations agraires qui ont disparu du fait de la surexploitation de leur environnement. Jared Diamond émet même l'hypothèse que l'affaiblissement d'Athènes et des cités grecques à partir du troisième siècle avant notre ère pourrait être lié, lui aussi, aux dégâts de la déforestation et de la surexploitation de son hinterland (*) . A contrario, c'est une des réussites du Japon féodal que d'avoir su très tôt gérer et préserver ses forêts, malgré une densité humaine déjà très élevée. Ce qui contribue à expliquer sa capacité ultérieure de développement.

Des solutions à inventer
Bref, les civilisations préindustrielles n'ont le plus souvent pas fait les miracles qu'on leur prête volontiers en matière d'écologie. Ce n'est évidemment rien comparé aux dégâts que la révolution industrielle nous a permis d'opérer. Que ce soit en modifiant la composition de l'atmosphère grâce aux combustibles fossiles que nous avons appris à déterrer, en utilisant massivement des produits chimiques inconnus jusque-là, en achevant d'exterminer nombre d'espèces grâce à la puissance de feu acquise avec la poudre, ou encore en industrialisant la déforestation à coups de tronçonneuse et de bulldozers… Et cela tout en permettant une explosion sans précédent de la population humaine, de sorte qu'il n'existe quasiment plus d'espace vierge sur la planète qui nous permettrait d'espérer repartir à zéro.

L'heure est incontestablement grave, mais la solution aux problèmes colossaux que nous avons créés ne se trouve pas dans le retour vers un passé mythifié, qui en réalité n'a jamais été très glorieux sur le plan écologique. Cette solution reste donc à inventer.

Nous avons l'avantage sur les chasseurs-cueilleurs confrontés à la disparition de leur gibier ou sur les agriculteurs touchés par l'assèchement de leurs terres, de beaucoup mieux comprendre les problèmes qui nous arrivent. Et donc de pouvoir plus facilement agir pour les corriger. A condition bien sûr de le vouloir et de parvenir à répartir entre nous les efforts à faire.

* Hinterland : aire d'influence d'une ville.

Patrice 18/11/2013 22:04

Biodiversité: la nature, combien ça vaut?
Antoine de Ravignan
Alternatives Economiques n° 296 - novembre 2010
Préserver les ressources naturelles nécessite d'y accorder un prix, souligne un rapport qui évalue les services qu'elles rendent à l'économie.

La nature, c'est comme la santé, ça n'a pas de prix. Mais quand on la perd, on mesure ce qu'il en coûte de ne pas la ménager. Un exemple? Des chercheurs ont estimé la valeur de la pollinisation des arbres et des plantes réalisée par les abeilles dans un pays comme la Suisse: ces butineuses sont l'indispensable chaînon d'une production agricole estimée à 213 millions de dollars par an, cinq fois plus que la valeur du miel qu'elles fournissent. Dans le monde, la disparition des insectes pollinisateurs se traduirait par des pertes estimées à 153 milliards de dollars, 9,5% de la production agricole mondiale, a estimé une équipe de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra).

Ces chiffres et quelques autres qui ne rassurent pas figurent dans les rapports sur l'économie des écosystèmes et de la biodiversité (TEEB en anglais) présentés à Nagoya, à l'occasion de la conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique en octobre dernier.

Le rapport TEEB (1) est à la biodiversité ce que le rapport Stern est au changement climatique: une tentative de mesure des coûts de l'inaction face à la dégradation de l'environnement. Il vise à rendre économiquement visibles les services rendus par la nature, qui passent largement inaperçus pour la plupart des décideurs économiques. La prise de conscience progresse néanmoins, comme le montre ce programme de recherche lancé par les ministres de l'Environnement du G8 et des grands pays émergents réunis en 2007 à Postdam.

Gagnant-gagnant?

Il n'est déjà pas simple de fournir des estimations de coûts globales pour la seule question de la consommation d'énergie, comme l'ont fait le rapport Stern ou l'Agence internationale de l'énergie. L'exercice est impossible dans le domaine encore infiniment plus complexe de la biodiversité. Au-delà de services directement "productifs" (les plantes utilisées par l'industrie pharmaceutique, les insectes pollinisateurs…), les écosystèmes sont des habitats pour les espèces animales et végétales, des régulateurs de l'environnement (stockage du carbone dans les végétaux, micro-organismes dans les sols qui digèrent une partie de la pollution…).

Le rapport TEEB ne propose donc pas "le" chiffre qui agglomérerait toutes les variables, mais une série d'éclairages ponctuels. En outre, leurs auteurs ne sont ni naïfs ni idéologues: il est impossible, ni même souhaitable, d'attribuer une valeur monétaire à tous les services rendus par les écosystèmes, et partant de fixer un "prix" de compensation pour leur perte. A combien estimer un paysage où l'on aime se promener? Un arbre sacré?

La mesure des services de la nature n'en est pas moins un instrument utile pour éviter de prendre de mauvaises décisions. Au nord de New York, aider les agriculteurs des monts Catskill pour qu'ils réduisent la pollution des nappes phréatiques a permis, au début des années 2000, d'éviter la construction et les coûts de fonctionnement d'une nouvelle usine de traitement des eaux et l'explosion des factures d'eau des New-Yorkais. Un exemple parmi bien d'autres cités dans le rapport TEEB. Au risque de faire oublier que toutes les solutions ne sont pas "gagnant-gagnant", du moins sur l'horizon de temps court qui est celui des décideurs politiques.

Patrice 18/11/2013 22:03

La nature a-t-elle un prix?
Jean Gadrey
Alternatives Economiques n° 279 - avril 2009
La nature est, entre autres choses, un stock de ressources pour la vie humaine. Ces ressources font de plus en plus l'objet d'évaluations en unités monétaires. De fait, depuis que les terres, les forêts et les ressources du sous-sol sont devenues des marchandises, des prix existent. Indiquent-ils pour autant une valeur économique des choses naturelles? Et comment faire avec les "services" gratuits de la nature, les ressources auxquelles ne sont associés ni marché ni prix observable? Poursuite, avec Jean Gadrey, d'une réflexion commencée par Pascal Canfin dans notre numéro de janvier 2009.

1. La monétarisation marchande
Il y a longtemps que la nature est, d'une certaine façon, devenue une marchandise. On vend ou on loue des hectares de terres ou de forêts, on a des concessions d'exploitation de ressources du sous-sol, etc. Il y a également des marchés de ressources naturelles dites brutes (pétrole, gaz, minerais…), mais ces marchandises, issues de processus d'extraction, ne sont déjà plus des "morceaux" de nature.

Selon une thèse très débattue de Karl Polanyi, la société devient "société de marché" lorsque le travail, la terre (la nature) et la monnaie, qui sont pour lui des marchandises fictives parce qu'elles ne résultent pas d'une production humaine à des fins commerciales, tendent à devenir effectivement des quasi-marchandises au terme de processus d'expropriation ou de séparation.

Dans ces cas où une forme de marché existe, il faut toutefois se demander si c'est bien "la nature" à laquelle on (le marché et ses acteurs) attribue un prix. Prenons le cas d'une forêt. Pour que des prix de marché apparaissent, il faut d'abord qu'elle ait un ou des propriétaires (privés ou publics) et que les "services" divers qu'elle peut rendre (ses usages) fassent l'objet d'interdictions d'en bénéficier gratuitement. Cela est d'ailleurs vrai pour toute marchandise, qui n'accède à ce statut que sur la base de droits de propriété. La forêt peut être louée à certaines époques à des chasseurs pour un premier type d'usage, lié à ses ressources animales. Elle peut être exploitée pour son bois. On peut avoir un droit d'entrée pour s'y promener ou pour y ramasser des champignons. Pour chacun de ces "services", on peut donc avoir un marché et des prix. Aucun de ces prix partiels ne peut représenter une valeur économique de la forêt. La somme des recettes annuelles de la vente des services de cette forêt indique le degré de marchandisation de ses usages, pas une valeur économique intrinsèque de la forêt. Et si son propriétaire la vend, le prix à l'hectare ne signalera pas non plus sa valeur économique au sens de la valeur des marchandises issues des processus de production classiques de l'industrie ou des services marchands.

Deux raisons l'expliquent. La première est que la "production" ou la reproduction d'une forêt (ou d'un gisement de pétrole, d'une nappe phréatique…) n'est pas principalement le résultat d'une activité humaine, mais celui de processus naturels, ici la photosynthèse, entre autres. L'activité humaine peut y jouer un rôle (l'entretien, le reboisement…), mais il est le plus souvent secondaire. Ce rôle est même nul pour la production des gisements de ressources fossiles dites non renouvelables, et il devient négatif lorsque les activités humaines menacent la reproduction des forêts ou d'autres ressources.

La seconde raison est que cette forêt rend des services gratuits à la collectivité. Bien au-delà de ce qui peut être vendu ou approprié privativement sur la base d'un processus de production (l'exploitation forestière) ou sous forme de rente, de location ou de péage. Nous allons y revenir.

Le fait que la terre, les forêts et, plus tard, le sous-sol exploitable ne soient pas des marchandises comme les autres est à l'origine, dans l'histoire de la pensée économique, d'un traitement particulier des marchés et des prix de la nature et de ses espaces. Il s'agit des "théories de la rente", dont la version marxiste pourrait bien retrouver de la vigueur contestataire avec la crise écologique (voir encadré page 70).

Les théories de la rente

Compte tenu de la nette domination de l'agriculture dans les activités économiques jusqu'au XXe siècle, les premiers économistes ont souvent consacré l'essentiel de leurs réflexions à la théorie de la rente agricole ou foncière, assimilée aux revenus que les propriétaires fonciers tirent de cette possession. Les physiocrates, aux XVIIe et XVIIIe siècles, tendent à légitimer ce revenu et du même coup le statut des propriétaires comme classe pleinement productive. Les classiques, à partir d'Adam Smith, et ceux qui, comme Karl Marx, estiment que seul le travail crée de la richesse économique, voient dans la rente, qu'ils distinguent nettement du profit capitaliste, un monopole. Les classiques l'acceptent plus ou moins comme relevant d'un ordre naturel, alors que Marx (qui s'inspire en partie de David Ricardo) la conteste comme résultat d'une appropriation injuste des terres et d'une expropriation de ceux qui les travaillent. Léon Walras occupe une position originale d'économiste libéral préconisant la propriété publique des terres dans l'intérêt bien compris de l'économie de marché.

Les théories plus récentes de la rente foncière se sont principalement intéressées à la rente foncière urbaine, en relation avec les marchés et les politiques du logement. Mais on a vu également apparaître les thématiques de la rente pétrolière ou minière, qui désigne les revenus tirés par les états de la possession du sous-sol.

La raréfaction actuelle des terres et d'autres ressources naturelles au regard de la demande mondiale pourrait conduire à de plus fortes mises en accusation des rentes agricoles, foncières et autres, au nom de la reconnaissance de biens communs vitaux. La revendication de "l'euthanasie des rentiers" retrouverait alors de la vigueur, même si John Maynard Keynes n'employait pas cette formule en relation avec les rentes issues de la propriété monopolistique de la nature et de ses espaces.

2. Monétariser ce qui est gratuit?
Les choses se compliquent singulièrement avec les "services gratuits" de la nature. Vouloir leur associer des valeurs monétaires semble une contradiction dans les termes. Reprenons l'exemple de notre forêt. Au-delà des usages déjà cités, elle remplit d'innombrables fonctions appréciables, mais sans prix. Elle est un refuge de biodiversité des espèces animales et végétales. Elle abrite des sources ou des cours d'eau dont elle contribue à maintenir la qualité. Dans certaines zones, elle protège contre l'érosion et les avalanches. Elle a des qualités esthétiques et récréatives, non seulement pour ceux qui s'y promènent mais aussi pour l'ensemble des territoires voisins. Enfin, elle constitue un "puits de carbone" capable de séquestrer, au moins dans certaines conditions et saisons, nos émissions de gaz carbonique devenues excessives.

Pourquoi diable vouloir attribuer des valeurs monétaires à de tels "services"? N'est-ce pas une de ces idées d'économistes cherchant à tout prix à donner un prix à tout, à la vie humaine, aux relations sociales, au bénévolat donc au don?

Cette critique mérite examen, mais à condition d'évacuer un possible contresens. Un montant monétaire peut n'avoir aucun rapport avec un prix, voire être calculé et utilisé contre la "société de marché" pour faire respecter des règles de vie sociale. Les exemples abondent, en dehors de la nature et de ses ressources. Une amende pour excès de vitesse, les minima sociaux, les taxes, sont des montants monétaires n'ayant rien à voir avec des prix de marché. Les termes de tarif ou de "convention d'équivalence monétaire" en signifieraient mieux la nature politique et non marchande. Il ne faut pas confondre la monnaie comme unité de compte et le marché comme dispositif d'échange économique. La monnaie et les méthodes de monétarisation ne sont pas toujours des outils de soumission aux "eaux glacées du calcul égoïste" (selon Karl Marx). Par exemple, le principe pollueur-payeur peut inciter à réduire des nuisances en ciblant sur ceux qui polluent le plus.

Revenons aux services environnementaux gratuits des forêts. Comment leur attribuer une valeur monétaire? Pourquoi le faire et avec quelle efficacité? Commençons par la première question, celle des méthodes. Elles sont très diverses et très incertaines.

La protection contre l'érosion et les avalanches? On peut évaluer les coûts des dommages qui résulteraient de l'absence de cette protection. On peut aussi se demander ce qu'il en coûterait d'empêcher ces dommages en l'absence de forêt, par des constructions humaines. Cela indique déjà deux méthodes, applicables à d'autres domaines: celle qui se fonde sur les coûts des dommages et celle qui s'appuie sur des coûts de remplacement d'une fonction de la nature (ici la protection) lorsque le remplacement est possible, ce qui n'est pas toujours le cas: on ne remplace pas des espèces disparues. Et, s'agissant des dommages, si les dommages économiques sont plus ou moins évaluables, les choses deviennent très problématiques lorsque, par exemple, des vies humaines sont en jeu.

Pour la valeur récréative, on dispose d'estimations de fréquentation et des coûts de déplacement correspondants. Si l'on fait l'hypothèse que la valeur monétaire que les gens attribuent à ces services de la forêt est au moins égale à ce qu'ils sont disposés à payer pour s'y rendre en voiture, on obtient une estimation basse de ces services. Mais, avec cette approche, une forêt où les gens se rendent en vélo aurait une valeur récréative nulle, tandis qu'une forêt semblable que l'on visite en 4x4 aurait une grande valeur!

Pour la préservation de la biodiversité, on a parfois recours à des enquêtes portant sur le "consentement à payer" pour cette préservation. Cette méthode, également appliquée à la "révélation" d'autres valeurs non marchandes, pose trois problèmes. D'abord, un tel consentement dépend fortement de la conscience des enjeux et de l'information dont le public dispose pour se faire une idée. Or, on peut douter que le public soit bien informé des enjeux de la biodiversité ou des risques liés au réchauffement climatique. Ensuite, en isolant une question ("combien seriez-vous prêts à payer pour préserver…?"), cette méthode ne met pas les personnes en situation de gestion d'un budget global. On pourrait très bien, en posant de telles questions sur de multiples enjeux dans des enquêtes distinctes, aboutir à un consentement à payer supérieur aux ressources des ménages! Enfin, comme ce consentement dépend du revenu des personnes qui s'expriment, une forêt évaluée par des pauvres aura moins de "valeur biodiversité" que si elle l'est par des riches. Ce résultat, qui ne serait pas choquant pour le consentement à payer une marchandise ordinaire, une voiture par exemple, l'est ici, en relation avec l'idée que la biodiversité a une valeur de citoyenneté, plus qu'une valeur consumériste.

Pour la séquestration du carbone, les incertitudes ne sont pas moindres. Les estimations physiques, en termes de tonnes de carbone ou de CO2 (1) séquestrées par les forêts, ne sont pas les plus problématiques, bien qu'elles soient délicates. La grande question est celle de la valeur monétaire attribuée à la tonne de carbone séquestrée. Pour cela, on recourt à des évaluations diverses, soit sur la base des coûts estimés des dommages du réchauffement climatique - mais on se heurte alors à l'épineuse question de la valeur monétaire des dommages humains -, soit à partir des coûts de dépollution associés à des investissements permettant de réduire les émissions à un niveau jugé raisonnable (par exemple d'ici à 2030 ou 2050).

Même dans le second cas, les incertitudes restent considérables: il y a quelques années, on aboutissait à des valeurs pour 2010 qui allaient de 50 à 350 dollars (de 1990) par tonne de carbone (soit entre 14 et 100 dollars par tonne de CO2) selon les différents modèles et les pays couverts. Et cela se fondait sur les objectifs très (trop) modestes du protocole de Kyoto (2). Des simulations plus récentes, cohérentes avec l'objectif de division par quatre des émissions des pays riches d'ici à 2050, aboutissent à des tarifs bien plus élevés, pouvant dépasser 600 euros la tonne de CO2 à l'horizon 2050 (voir graphique). Quant aux prix du carbone fournis par les marchés des permis d'émission, ils représentent sans doute la pire des méthodes à envisager pour indiquer une valeur qui ait un sens soit en termes de dommages, soit en termes de prévention de ces dommages (2).


A première vue, ces diverses méthodes (3) n'inspirent guère confiance et peuvent renforcer l'opposition à toute monétarisation des services gratuits de la nature. Mais avant de prononcer le réquisitoire, il faut réfléchir aux enjeux et à la question des usages de ces évaluations monétaires. Qui en défend le principe et pourquoi?

3. Pourquoi monétariser la nature?
Le constat est ici massif: ce ne sont pas les industriels et les gros pollueurs qui préconisent l'attribution de valeurs monétaires aux services ou aux actifs de la nature, ce sont d'abord des défenseurs de l'environnement. Ils sont divers et partagés sur l'extension de ces évaluations. Mais ils en demandent, parce qu'ils y voient une possibilité parmi d'autres de modifier les comportements par les incitations, l'éducation, les normes et les contraintes. Par exemple pour l'aide au choix de projets publics en tenant compte des impacts sur l'environnement, pour la fixation d'indemnisations (les marées noires) ou pour de la redistribution adéquate (verser le coût payé pour des oiseaux mazoutés à des associations de protection). L'idée générale est la suivante: nous achetons tous de "la nature", à un coût trop bas pour refléter la rareté qui devrait être respectée pour permettre la durabilité. Il faut donc des évaluations politiquement efficaces de coûts durables.

Par exemple, un grand nombre de ces acteurs sont favorables à l'instauration de taxes environnementales susceptibles d'inciter ou de contraindre à réduire les dégâts occasionnés. Par exemple, via une taxe carbone mondiale assise sur les volumes d'émissions de gaz à effet de serre et dont le montant par tonne émise devrait grimper au cours des prochaines décennies pour atteindre des niveaux très élevés. Impossible de la mettre en oeuvre sans s'accorder sur les tarifs par tonne. La méthode, en revanche, mérite débat. Les apports des économistes sont utiles (voir graphique), mais il vaudrait mieux prévoir des "forums hybrides", impliquant à la fois des scientifiques de plusieurs disciplines et la société civile au sens large.

Autre exemple: les pays du Sud sont confrontés à une dette financière énorme et injuste. Cela pèse sur leur développement humain, au point d'entraîner certaines régressions. Mais on parle moins de la dette écologique que les pays du Nord ont à l'égard du Sud. Elle correspond aux services gratuits ou sous-rémunérés fournis par les espaces naturels du Sud et utilisés par le Nord pour sa croissance non soutenable (4). On peut certes évaluer cette dette en unités physiques ou par le biais de l'empreinte écologique (voir Alternatives Economiques n° 242, décembre 2005), mais, selon des acteurs du Sud et des ONG, il serait important de traduire cette dette en unités monétaires. On parviendrait peut-être alors à un montant supérieur à celui de la dette financière, ce que suggère le chercheur Mariano Torras (5). Ces évaluations rejoignent les revendications de pays du Sud exigeant que le Nord contribue financièrement, entre autres, à la lutte contre une déforestation très émettrice de gaz à effet de serre (18% des émissions mondiales), par des "primes à la déforestation évitée".

La nature n'a ni valeur économique ni prix, pas plus que la vie humaine. Mais en face de certaines de ses fonctions utiles ou de ses services, il est parfois possible d'exhiber des montants monétaires qui ont un sens et une efficacité politique. A condition de préciser à chaque fois ce que l'on évalue, comment et pourquoi: des coûts de dommages, des coûts d'évitement ou de prévention, des coûts de substitution, des montants de taxes incitatives, etc. Il est plus hasardeux de vouloir additionner ces évaluations, mais dans un article célèbre de la revue Nature (1997), Robert Costanza et ses collègues avaient obtenu que, pour 17 services des écosystèmes mondiaux, le total des valeurs monétaires (conventionnelles) annuelles équivalait à environ deux fois le produit intérieur brut (PIB) mondial!

En savoir plus
Centre d'analyse stratégique, "La valeur économique de la tonne de carbone" (Notes de veille n° 56, avril 2007), "La valeur du vivant" (n° 89, février 2008) et "La valeur tutélaire du carbone" (n° 101, juin 2008). Accessibles sur www.strategie.gouv.fr
"Comment donner un prix à la nature?", Alternatives Economiques n° 276, janvier 2009. Disponible dans nos archives en ligne.

Patrice 18/11/2013 22:01

Comment donner un prix à la nature ?
Pascal Canfin
Alternatives Economiques n° 276 - janvier 2009
Le développement durable passe par l'évaluation économique de la nature. Pour calculer les dommages liés à une pollution ou pour évaluer les services écologiques rendus par la nature, des économistes attribuent un prix aux biens naturels. Les méthodes d'évaluation de ces coûts, qui reposent sur le postulat que la nature est réductible à une valeur monétaire, sont contestables mais utiles pour le débat public.

Les ressources offertes par la nature sont largement situées en dehors du marché. La biodiversité, l'eau non polluée, l'air… n'ont pas de prix déterminé par une offre et une demande et n'ont pas de coût de production. Leur dégradation n'est donc pas considérée comme un coût pour la collectivité. Or ces biens publics environnementaux (*) sont aujourd'hui menacés. L'un des moyens pour les protéger est de leur donner une valeur économique et de l'intégrer dans les décisions publiques et privées. En donnant un prix à la nature, il est possible d'évaluer les dommages subis par un territoire ou par des résidents lors d'une pollution, ou de mesurer les bénéfices ou les nuisances occasionnés par un projet d'équipement ou d'infrastructure. Mais comment évaluer la valeur de ce qui n'a pas de prix de marché et par quelle méthode les traduire en valeur monétaire?

Le développement durable et le marché
Un premier mécanisme consiste à donner une valeur marchande à ce qui en était dépourvu. C'est l'objet par exemple du marché du carbone, qui fixe, depuis 2005 en Europe et 2008 au niveau mondial, un prix à la tonne de CO2 émise (1). Le carbone rejeté dans l'air entre ainsi dans les coûts de production des entreprises concernées. Ce qui constituait une externalité non prise en compte dans les calculs de rentabilité est dorénavant internalisé dans la comptabilité. Le carbone émis acquiert donc une valeur sonnante et trébuchante qui change tous les jours sur des marchés spécialisés (17 euros la tonne à la fin de l'année 2008).

De leur côté, les Etats qui ont signé le protocole de Kyoto se sont engagés à ne pas émettre plus qu'un certain montant de CO2 en 2012. S'ils le dépassent, ils devront à cette date acheter des crédits carbone à des Etats plus vertueux. Les investissements publics qui économisent du CO2 se voient donc attribuer une valeur, théorique, qui correspond aux tonnes de carbone non émises multipliées par la valeur anticipée du carbone en 2012. Elle est fixée par l'Etat à 30 euros. Ainsi, les investissements réalisés dans le cadre du Grenelle de l'environnement en matière de transports devraient permettre d'économiser 1 million de tonnes de CO2 par an à partir de 2013. Soit un gain de 30 millions d'euros la première année

Evaluer les coûts évités
Mais les conditions de création d'un marché ne sont pas toujours réunies. C'est le cas par exemple quand un investissement réalisé par un seul acteur économique peut avoir pour conséquence de détruire ou d'endommager une zone naturelle précise. On peut alors utiliser la méthode des coûts évités qui cherche à évaluer la valeur des services environnementaux à partir des coûts à engager si ces services venaient à disparaître.

Par exemple, la présence d'une zone humide (marais, estuaire…) à proximité d'une agglomération limite les risques d'inondation. Sa disparition ou sa dégradation générerait des dépenses supplémentaires d'assurances pour les particuliers comme pour la collectivité; elle nécessiterait aussi d'augmenter la capacité des stations d'épuration ou d'en construire de nouvelles. Le calcul des dépenses liées à la dégradation de ce service écologique peut conduire à investir dans la protection de la zone humide plutôt que de construire une nouvelle usine de traitement de l'eau. C'est par exemple le choix fait par la ville de New York, qui a préféré dépenser 1,5 milliard de dollars dans la restauration et la préservation de son bassin versant (*) que 8 milliards de dollars dans des usines de retraitement des eaux.

Une autre approche part des prix de l'immobilier, supposés refléter la qualité d'un environnement. On utilise alors la méthode dite des "prix hédoniques" qui décortique, dans le prix d'un logement, la valorisation de ses différentes caractéristiques, telles que la proximité d'un environnement agréable, comme la mer, ou d'une nuisance, comme une autoroute. Une étude (2) menée depuis les années 90 autour de la zone de l'usine Metaleurop dans le Pas-de-Calais a montré que, pour deux logements identiques situés l'un dans une zone polluée au plomb par l'usine et l'autre en dehors de cette zone, la différence de prix était de 25% dans les zones les plus polluées et de 10% dans les zones intermédiaires.

Ce montant peut constituer une référence pour évaluer les dommages subis par les riverains et évaluer la responsabilité de Metaleurop, dans le cadre d'un litige, par exemple. Cette méthode doit néanmoins être maniée avec précaution car elle implique que les ménages soient parfaitement au courant de la qualité de leur environnement et de son impact sur leur santé notamment.

Mener des enquêtes publiques
Mais il n'est pas toujours possible de partir de prix observables. Bon nombre de services rendus par l'écosystème - le plaisir d'une promenade en forêt, par exemple - ne s'achètent pas . Il faut donc mettre les agents économiques en situation de révéler un prix, en posant des questions à des échantillons représentatifs lors d'enquêtes publiques (méthode dite de "l'évaluation contingente"). En demandant par exemple "combien seriez-vous prêt à payer pour améliorer la qualité de l'air autour de votre logement", on cherche à connaître "le consentement à payer". Cette technique a de très sérieuses limites. En situation théorique, les personnes peuvent surestimer leur consentement à payer. Par ailleurs, des enquêtes portant sur l'amélioration de la qualité de l'eau des rivières ont fait ressortir que le montant avancé par les sondés était identique, que la question porte sur la rivière locale ou l'ensemble des rivières françaises. Pour que les résultats puissent être extrapolés de manière pertinente, la question doit donc porter sur un enjeu local, facilement identifiable pour la personne interrogée.

Enfin, ces méthodes peuvent être cumulées. Ainsi, pour répondre à un rapport des industriels européens chiffrant à près de 30 milliards d'euros le coût de l'adoption de la directive Reach sur les produits chimiques, la Confédération européenne des syndicats (CES) a commissionné un centre de recherche anglais pour évaluer les gains attendus. Celui-ci les évalua à plus de 90 milliards d'euros, dont 55 milliards liés aux "gains de bien-être" estimés par les ouvriers eux-mêmes (évaluation contingente) et une autre part liée aux économies sur les dépenses de soins des salariés et des consommateurs (méthode des coûts évités).

Développement durable, une question morale
Ces méthodes soulèvent une question de fond: en voulant donner un prix à la nature, elles postulent que l'environnement est réductible à une valeur monétaire. Or, lors des enquêtes d'évaluation contingente, de nombreuses personnes refusent de répondre à une question leur demandant par exemple combien elles seraient prêtes à recevoir en échange de la disparition des baleines. Car, pour elles, les baleines ont une valeur d'existence en soi qu'il n'est pas possible de mesurer de manière monétaire.

Le fait d'accorder à la nature une valeur d'existence relève donc de la décision politique et non de l'analyse économique. Or, l'évaluation monétaire de l'environnement risque de réduire la décision politique à un calcul purement utilitariste de rentabilité économique, fondé sur des chiffres dont l'élaboration reste controversée. Sans clore le débat, l'évaluation économique de la nature oblige néanmoins à poser des questions jusqu'à présent largement mises de côté. Ce qui est déjà une avancée.

* Biens publics : bien ou service dont la consommation par un individu n'empêche pas sa consommation par un autre (non-rivalité), et dont il n'est pas possible de réserver la consommation à une personne en particulier (non-exclusion). Les biens publics sont dits plus ou moins purs ou impurs selon qu'ils sont totalement ou partiellement non rivaux et non exclusifs

* Bassin versant : portion de territoire limité par des lignes de crêtes, dans laquelle toutes les sources se déversent dans un exutoire commun (rivière, lac, mer...).

En savoir plus
"La nature mise à prix", par Julien Milanési, L'Economie politique n° 38, avril 2008, disponible dans nos archives en ligne.
L'économie de l'environnement, par Philippe Bontemps et Gilles Rotillon, coll. Repères, éd. La Découverte, 2007.
Etude d'impact du Grenelle de l'environnement, disponible sur www.alternatives-economiques.fr/doc41388

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